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    Touraine Alain

    La grosse version du Gros Journal : faut-il aller voter ? La réponse avec le sociologue Alain Touraine

    Hier soir, c’est dans une mairie, là où l’on ira voter en 2017, que Mouloud Achour a décidé de rencontrer un monument de la sociologie française, Alain Touraine. Au lendemain des primaires de la droite et du centre, et alors que la primaire à gauche se profile, le scrutin présidentiel est au coeur du débat. Faut-il aller voter ? C’est la question à laquelle répond le sociologue du travail et des mouvements sociaux, à l’occasion de la sortie de son dernier ouvrage, Le nouveau siècle politique. Il nous livre au passage son sentiment sur la décision de François Hollande de ne pas se présenter à sa propre succession, l’avenir de la gauche et sa vision de l’identité française.


    Interview de Alain Touraine version longue – Le… par legrosjournal

     

    Mouloud : Comment ça va Alain Touraine ?
    Alain Touraine : Pas tellement bien. Et c’est assez amusant parce que j’ai vu mon médecin traitant avant de venir. Je ne me sentais vraiment pas bien. Il m’a dit : « Mais tout va bien ! ». Je me dis qu’en tant que sociologue, ce sont vraiment les évènements qui font que je vais mal !

    On est ici dans une mairie, là où les gens viennent voter.
    Pas beaucoup. Il y a un recul du vote, ce qui est quand même un grand problème.

    Pour vous poser une question très simple, à quoi ça sert de voter en 2017 ?
    À une question aussi importante, il faut donner une réponse tranchée. C’est in-dis-pen-sa-ble ! Ce qu’il y a de magnifique dans les élections, c’est que tout le monde vaut tout le monde. Un bulletin vaut un bulletin. Un bulletin du prix Nobel vaut le bulletin du type qui chante dans les rues.

    Ces derniers temps, il y a quelque chose qui vous a un peu énervé, on l’a lu dans Le Monde…C’est la déclaration de François Hollande, annonçant qu’il ne se représenterait pas. Est-ce à cause de ça que ça ne va pas ?
    Non, parce qu’on ne pouvait pas savoir ce qu’il allait faire, mais je le dis respectueusement : de toutes les manières, il n’y avait pas d’issue pour lui.

    Puis-je vous montrer une image ?
    Oui, bien-sûr.

    On est en 1-9-9-5, avec Bruno Masure et Jacques Chirac la légende et nous allons voir sur quoi vous interpellez Jacques Chirac. 


    Vidéo : « Alain Touraine : Parmi toutes les questions que j’aimerais vous poser, que tout le monde aimerait vous poser, il y en a une qui me semble particulièrement importante pour les Français. Dans ce monde globalisé, dans cette Europe de libre-échange, qu’est-ce que ça veut dire pour vous, éventuel président de la République, être Français ?
    Jacques Chirac : qu’est-ce qu’il faut sauvegarder? Notre identité. Et notre identité culturelle en particulier. Notre identité française et notre identité européenne ».

    Big Up à Jacques Chirac qui a fêté son anniversaire !
    Je voulais vous faire une remarque là-dessus. J’ai été très frappé en écoutant Monsieur Fillon lors de son dernier entretien avec Monsieur Juppé. Je ne vous surprendrai peut-être pas en vous disant que je n’ai pas l’intention de voter pour Monsieur Fillon. Mais – je le dis pour être honnête – j’ai trouvé qu’il s’est exprimé de manière bien magnifique. Il a une manière de parler du thème national. Quand il parle du thème national, il en parle de manière non raciste, non xénophobe et non nationaliste, alors que c’est un thème qui répand la guerre et le sang partout.

    Quand on voit ça, comparé aujourd’hui à ce débat sur l’identité nationale, qui nous pourrit tous la tête…
    Ça, vous savez d’où ça vient ? Ce n’est pas tellement vieux. C’est sous Monsieur Sarkozy et sous son petit-copain Buisson !

    Mais vous posez à côté de la thématique de l’identité nationale, une réflexion de gauche. Aujourd’hui, la gauche au pouvoir – je parle de Manuel Valls – pose, à côté de la réflexion sur l’identité nationale, une réflexion de droite. Pourquoi ?
    Ce n’est pas la droite contre la gauche. Ce qu’on a en ce moment, c’est la fin de la politique de la société industrielle.

    Pour vous, une pensée de gauche ne veut plus rien dire ?
    Je n’ai jamais dit ça. Ça veut dire qu’il faut savoir si on peut lui donner un nouveau contenu, parce que le vieux contenu est vidé.

    Mais est-ce que « socialiste », signifie avoir des réflexions sécuritaires comme Valls ? Ne pas vouloir comprendre. Ne pas dire que comprendre, c’est excuser.
    Premièrement, je lui ai dit que je trouvais cette phrase : « Ceux qui veulent tout expliquer, ils finissent par tout excuser », est une phrase inacceptable. Je crois qu’il a tout à fait le sentiment d’avoir dit ce qu’on appellerait dans le langage noble, une connerie.

    Eh bien voilà !
    Mais ça arrive à tout le monde. Deuxièmement, je le dis franchement : Manuel Valls m’a choqué. Parce que le code du travail, c’est le résumé de toute l’histoire sociale, de toutes les luttes sociales, de tous les conflits, de tous les progrès. Donc la vie sociale, c’est quand même quelque chose d’extrêmement important. Dire qu’on peut changer le code du travail en sortant du cadre parlementaire, c’est-à-dire du cadre démocratique, ce n’est pas acceptable.

    L’émission touche à sa fin, j’ai encore une question très bête et très simple. De quoi doit-on avoir le plus peur, aujourd’hui en France ?
    J’ai envie de dire : du mépris. Je ne connais rien qui tue autant que le mépris. Savez-vous que pendant la première moitié du XXème siècle, la France a reçu la même proportion d’immigrés que les Etats-Unis ? Donc ce n’est pas un pays éternellement clos ! Donc je dirais qu’il faut retrouver le sens de l’accueil.

    Je vais vous poser la même question que vous avez posé à Jacques Chirac en 1995 : c’est quoi, être Français ?
    Ça veut dire qu’on peut, à travers sa participation à une collectivité limitée qu’on appelle « les Français », servir des objectifs : un universalisme pour l’ensemble des êtres-humains.

    Alain Touraine, merci d’être venu au Gros Journal.
    Eh bien merci de m’avoir invité, c’est très gentil. Je reviendrai !

    Vous reviendrez, vous êtes chez vous !

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