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    À VOIR : UN JOUR ÇA IRA, doc de cœur

    Djibi et Ange sont deux ados qui vivent à l’Archipel, un centre d’hébergement d’urgence aujourd’hui disparu. Comment vivent-ils ? Ce documentaire est un récit, le leur. Pas de témoignage brut, juste une plongée dans les derniers jours d'un lieu pas comme les autres. Depuis l'intérieur, en huis-clos, on n'a jamais eu meilleure vue sur le monde extérieur.

    Clique Report : Djibi, enfant des centres d’hébergement d’urgence

    « Je suis un serial déménageur ». Djibi, 13 ans, est arrivé à l’Archipel un soir de réveillon. « Je déplace ma vie dans les valises, ça me fait mal au bras, ça tue les mains et ça donne chaud en hiver. La lourdeur des valises contraste avec la légèreté de ma vie ». Les réalisateurs et frères Stan et Édouard Zambeaux l’ont suivi pendant huit mois, dans les couloirs du centre d’hébergement, le réfectoire « où l’on mange des barquettes », dans sa petite chambre avec un lit double pour lui et sa mère.

    Pendant qu’elle fait des ménages, Djibi va au collège. Là où se trouvent « ses vrais amis ». « Mes vrais amis sont au collège, mais je ne leur dis pas la vérité. Je ne veux pas qu’ils sachent que je vis ici ». Pourtant là où il est vraiment lui, c’est ici, à l’Archipel, un centre d’hébergement de 15 000 mètres carrés, aujourd’hui disparu, dans le huitième arrondissement de Paris. Ce sont les anciens locaux de l’INPIE (L’Institut national de propriété industrielle) qui ont été transformés en lieu d’accueil pour 70 familles.

    « On admirait leur force de résilience. Leur capacité à être toujours debout malgré les difficultés (…) C’est eux qui nous montrent que tout est possible, même ici, qu’un extérieur existe ».

    Djibi Diakhaté, en train de chanter « Où sont mes racines ».

    La caméra des frères Zambeaux ne quitte jamais le centre. C’est un huis-clos, « une bulle fermée, il n’y a même pas de jardin » précise Stan, co-réalisateur. Et pourtant, l’extérieur pénètre l’intérieur. La caméra suit Djibi, Ange, Mounia, Yahia et tous les autres en train de déambuler dans les couloirs, répéter leur chanson dans la cage d’escalier ou près d’une fenêtre. « On voulait suivre la trajectoire des enfants, ne jamais les interrompre ni leur demander de répondre à nos questions. C’est eux qui nous montrent que tout est possible, même ici, que le monde extérieur existe ».

    Pour preuve, les enfants participent à un atelier d’écriture animé par Emmanuel Vaillant en partenariat avec Libération. Au début, les mots manquent, puis à force d’échanger, de s’interroger, le texte prend forme. « Je n’ai pas de maison, parfois je tourne en rond dans ma tour de verre. Je suis l’ange des rues, je suis perdue. Un ange qui vit sous-terre » écrit Ange, 15 ans.

    « Où sont mes racines », extrait d’Un jour ça ira de Stan et Edouard Zambeaux.

    « Ça m’énerve quand les petits riches se plaignent beaucoup. Les petits riches qui grimacent devant leur purée à la cantine, ceux qui rêvent trop haut ».

    On est surpris par la justesse des mots. « Un jour ça ira », c’est le titre du documentaire. C’est aussi ce que disent toutes les mamans qui arrivent avec leurs enfants après des dizaines et dizaines de déménagements. « De l’Italie à Belleville, de Maraîchers à Château Rouge, de Château Rouge à Place Clichy, mes racines s’emmêlent à Paname« , chante Djibi… Les Zambeaux n’ont voulu ni pathos ni misérabilisme. Il y a cette scène où les enfants sont devant un nouveau plan d’urbanisme du centre : « ce n’est pas rose ici, mais au moins le monde te donne à bouffer ». Djibi et Ange portent un regard unique sur nous, nous qui sommes à l’extérieur. Un regard juste, sans haine ni amertume. Ils sont extra lucides, extra poétiques – aussi.

    « Les tantines », extrait d’Un jour ça ira de Stan et Edouard Zambeaux 

    Tout au long du documentaire, les enfants sont maîtres de leur récit. Leur timidité disparaît sous les notes de musique. Ce sont eux qui ont la parole, car leur maman n’ont pas toujours la maîtrise de la langue. « On a trop l’habitude de voir ces personnes dans une représentation médiatique où ils n’ont pas la parole. Nous, on voulait qu’ils construisent cette histoire avec nous, qu’ils n’aient pas honte de ce documentaire dans dix ans ». Djibi se bat pour avoir « une vie normale ». Après l’Archipel, il sera accueilli dans un centre Emmaüs. La vie « normale » continue.

     

    Un jour ça ira de Stan et Edouard Zambeaux, 1h20. En salles aujourd’hui.

    Image à la Une : Eurozoom.

    Documentaire

    Commentaires
    Pauline Baduel
    Journaliste
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