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    Clique x Omar Sy

    Omar Sy est l’un des acteurs français les plus en vue de ces dernières années : une carrière florissante en France, avec notamment « Intouchables » (2011) et une autre qui grandit peu à peu aux États-Unis, avec récemment « Jurassic World » (2015), l’un des plus gros succès hollywoodien. De passage à Paris pour la promotion de son dernier film « Chocolat » (réalisé par Roschdy Zem), qui sortira le 3 février prochain, Clique a rencontré Omar Sy. L’occasion de revenir sur son enfance, son succès, et les attentats du 13 novembre 2015…

    Mouloud : La dernière fois qu’on était ensemble c’était le 13 novembre, on dînait ensemble. Quel souvenir en as-tu ?

    Omar : On était tous très choqués, on avait tous peur…

    Mouloud : Moi je me suis endormi […].

    Omar : On a eu peur, on était attaqués, on était touchés, mais moi j’ai compris plus jours après ce qu’on avait touché chez moi.

    Et après, je suis parti, je suis rentré chez moi aux États-Unis pendant un petit moment, et donc j’avais un petit peu de recul sur les événements, par la date et géographiquement, et donc j’ai eu la nostalgie de la France qui est revenue comme quand je suis loin d’elle.

    En fait c’est tout ce qu’on est, c’est tous nos kiffs qu’on a menacé, qu’on a brutalisé, et ouais ça fait peur, tu te dis « Qu’est-ce que je fais ? ». Eh bien on se rappelle que ça fait mal quand on touche à tout ça, venez on n’oublie pas, que trois semaines après, tout ça peut être en danger… Et ça, ça passe par « Restons ensemble », ne perdons pas de vue le fait que nous sommes bien ensemble. Oui on a des problèmes, ce n’est pas parfait, mais c’est quand même bien ce qu’on a.

    Mouloud : En tant que musulman, tu te sens comment ?

    Omar : Par rapport à ça, je me sens toujours le même, il n’y a rien qui bouge. Ça n’a pas du tout été ébranlé. La chose qui a le plus été touchée chez moi c’est mon côté français. Ça n’a rien à voir, là dessus ça n’a pas bougé une seule seconde.

    On parle de ne pas faire d’amalgames […] mais ils le font déjà. Par exemple, un mec qui va braquer une banque avec un masque de Mickey, on ne va pas du tout faire l’amalgame avec Walt Disney. Ils portent des masques ces mecs là, ils ont choisi celui là mais ils n’ont rien à voir avec ça, […] quand il y a eu cette attaque c’est mon côté français qui a été touché et blessé, et c’est ça que j’ai envie de protéger car c’est vraiment en danger, mais en plus ils attaquent à un moment où on est vraiment fragile, c’est pour ça que ça fait aussi mal. Il y a un côté où c’est menacé, un côté où c’est fragile, mais la fragilité c’est notre responsabilité. Il faut en prendre soin, il faut le consolider.

    Mouloud : Qu’est-ce qu’on peut dire aux petits frères dans les quartiers ?

    Omar : C’est très compliqué mais forcément il faut dire quelque chose. Qu’ils le veuillent ou non, ces petits frères là sont français, ils le savent très bien et ils kiffent cette France. Il faut qu’ils sachent que cette France là les kiffe aussi. Le seul problème c’est qu’on ne se le dit pas assez, la majorité des gens qui s’expriment c’est les gens qui ne kiffent pas la France dont on parle là. Il faut juste changer ça […] les gens qui veulent de cette France là sont plus nombreux, ils sont juste silencieux maintenant il faut qu’on commence à se le dire. […]

    Mouloud : Est-ce-que créativement ça t’a remis en question tout ça ?

    Omar : Complètement. Dans mes prochains choix, dans les histoires que je vais raconter, je vais faire en sorte que ce message passe. Il le faut […].

    Mouloud : Comment t’expliques qu’en presque 20 ans on soit passés de France 98 à Novembre 2015 ?

    Omar : Je ne saurais pas te dire. Je n’ai pas la réponse. Et en même temps ça s’est fait tout doucement, je crois qu’on est devenu feignant. On avait atteint le truc, et on l’a pris pour acquis, on ne s’est pas rendu compte que c’était fragile […].

    Il faut le dire qu’on s’aime, que j’aime la France et la France m’a faite moi comme je suis aujourd’hui. Elle fait partie de ça, la liberté que j’ai, le bonheur que je vis, c’est lié à ça. Je lui dois ça à la France. Je parle de la France que la majorité veut, et cette majorité là il faut qu’elle le dise, il faut qu’elle dise « Je t’aime ».

    Mouloud : Tu penses que même dans les votes Front national il y a beaucoup de gens qui sont en colère ?,

    Omar : Je pense qu’il y a surtout des gens qui ne savent plus, qui sont perdus… Je pense qu’il y a beaucoup de gens qui ne savent pas pour qui ils votent, il y a beaucoup de gens qui ont peur, car il y a aucun de nous qui reconnaît la France aujourd’hui, elle est chelou, donc il y en qui passent pour ça pour dire qu’ils ne comprennent pas. Ce sont des gens qui s’expriment comme ça, mais nous il faut qu’on s’exprime autrement.

    Il faut se dire qu’on s’aime et ce drapeau c’est le nôtre, bleu blanc rouge c’est pas la honte, c’est nous et c’est maintenant qu’il faut qu’on le dise.

    Mouloud : Dans le SAV il y avait un personnage, François le français, est-ce que ce n’est pas lui qui a la solution ?

    Omar : Il faut qu’il vienne s’exprimer parce qu’on est tous des François les français. Ça n’est plus un débat, maintenant il faut savoir ce qu’on veut faire de cette France. On rétablit le kiff et on sait que c’est ça qu’il faut garder. C’est à nous de décider où on a envie de vivre, on a des choses à dire, on a des choses à faire pour ce pays, et on lui doit ça.

    Mouloud : Donc tu vas revenir faire des choses en France ?

    Omar : Mais je suis là, je ne suis jamais parti.

    Mouloud : C’est un film hyper important pour toi, à plein de niveaux

    Omar : C’est un genre différent, c’est un personnage complètement différent, très complet, je n’ai jamais fait ça, plus dans le drame, c’est une nouveauté pour moi, et film d’époque. Et puis c’est le premier film important que je fais sans Eric et Olivier, et c’est quand même une étape importante pour moi. Ça parle de notre histoire, d’un temps un peu passé, ça parle d’un noir qui a tout cartonné il y a 100 ans qu’on a complètement oublié, dont on a totalement effacé les traces. Pourtant il faisait partie d’un duo, il reste des traces de son duo mais pas de lui. […]

    Quand je vois le parcours de Chocolat, le truc qui me touche le plus c’est le personnage de Marie, le personnage de sa femme. Et elle, elle était en avance sur son époque parce qu’elle l’aimait pour ce qu’il était, donc au-delà de la barrière sociale, et au-delà de la barrière raciale. C’est quelque chose de fort, c’était en avance. Et la différence c’est qu’aujourd’hui on a plus de ça, plus de métissage, plus de gens qui s’aiment au-delà de tout. C’est là-dessus qu’on avance et moi c’est ça que j’ai envie de faire progresser plus que tout le reste, parce que tout va passer par là, par le kiffe, si on s’aime on aura plus de problème. […]

    Mouloud : Comment s’est passée ton enfance ?

    Omar : Mon enfance a été incroyable, superbe, heureuse quoi. Mon enfance a été un kiff, j’ai eu du recul sur mon enfance et sur sa dureté une fois adulte, quand j’ai rencontré d’autres personnes qui ont vécu dans un milieu différent. Quand je leur racontais des histoires en disant « on a fait ceci, on a fait cela’ et qu’on me disait « Ah ouais mais c’est dangereux quand même » mais avant ça c’était ma norme. […] moi je l’ai vécu comme un enfant, mais on était heureux. Et je pense que ça nous a donné de la force, et une ouverture. On parle de la mixité aujourd’hui, mais nous on a grandi là dedans, en allant d’appart en appart dans l’immeuble où j’ai grandi, je faisais un tour du monde il y avait de tout, toute les langues, toutes les odeurs, toutes les couleurs… C’est ma France, celle de mon enfance, celle où j’ai grandi, et c’est pour ça que j’ai l’ouverture que j’ai aujourd’hui. […]

    Mouloud : C’était quand ta première fois à Paris ?

    Omar : Je devais avoir 11 ou 12 ans, tout seul j’avais 12 ans. On avait pris le train de Trappes et on arrivait à Montparnasse, il y avait 45 minutes.

    Mouloud : T’es allé faire quoi ?

    Omar : Je suis juste allé à la gare Montparnasse, voir la tour, je suis allé au Mcdo et je suis rentré, mais voilà on était allés à Paris au moins. Et voilà, on a vu autre chose. Et surtout, de voir comment t’es accueilli quand t’arrives à Paris quand t’es banlieusard, mais surtout de très loin, ceux qui étaient en banlieue proche avaient un rapport différent à Paris. Moi ça m’a sauté à la gueule, tu es vu comme quelqu’un d’ailleurs, 45 minutes de train c’est loin mais c’est pas le bout du monde. […]

    Mouloud : Tu viens d’une famille sénégalaise, c’est une culture où on est très discret, comment est-ce que tes parents ont réagi quand ils t’ont vu faire un métier public ?

    Omar : Ils ont eu peur. Mon père à chaque fois que je sortais me disait « Ne fais pas de vagues ». […] Ils ont flippé mais c’était tellement normal qu’ils ont fini par accepter, mais j’ai sû très tôt que mes parents ne pouvaient pas m’aider à ce niveau là. Pour ce que j’allais devenir dans ce pays, car ce n’était pas le leur, alors que là c’est le mien, et donc ils ne pouvaient pas m’aider. […]

    Mouloud : Je me souviens d’une interview de Jamel qui racontait le moment où vous aviez rencontré Jean-François Bizot, comment ça s’est passé ?

    Omar : On était à Trappes sur un de nos grands terrains vagues en train de faire une partie de foot, et je suis très mauvais au foot, donc ils m’ont sorti. J’étais sur le bord du terrain et je faisais les commentaires pour déconner. Et Jamel, qui est plus grand que moi et avait déjà quitté Trappes, il passait de temps en temps, il est passé au moment où je déconnais ça lui a fait penser à un truc qu’il faisait dans son émission de radio, il était déjà à Nova à l’époque. Et il m’a dit :

    « Viens on va faire un truc comme ça pour Nova », et je me suis fais passer pour un ancien footballer africain. C’était une blague, mais je ne savais pas que Jamel avait fait croire aux autres que c’était vrai. Et donc ils ont tous marché, et quand il l’a dévoilé ils étaient tous surpris, morts de rire, et il a dit à Bizot : « Tu vois il est bien mon pote, est-ce qu’il peut revenir ? » et il m’a dit : « Mais reviens ». Donc j’allais à Nova après le lycée faire des conneries, c’est comme ça que j’ai rencontré Fred, Michaël Youn, et Vincent Desagnat on a fini par faire les faux auditeurs dans l’émission de Jamel. […]

    Mouloud : Qu’est-ce que tu nous prépares là bas [aux États-Unis] ?

    Omar : Je ne peux pas le dire. Surtout que là bas, c’est très secret, on signe des closes tellement importantes, tu flippes, t’oses même pas te le répéter à toi-même, et en plus je suis superstitieux, tant que ce n’est pas fait ça ne sert à rien, je préfère dire j’ai fait ça, plutôt que je vais faire ça. […]

    Mouloud : Tu t’es toujours éloigné de la politique, comment tu fais pour rester en dehors des appels de phares des politiques qui veulent te solliciter, qui veulent tous te récupérer à toutes les sauces, est-ce qu’ils te contactent ?

    Omar : Oui, mais ce n’est pas mon rôle, ça ne m’intéresse pas. Ils vont être forcément plus gagnants que moi, parce que moi je n’ai aucun intérêt à faire ça, je ne suis pas un homme politique, je suis un humaniste. J’ai envie de juste kiffer et de parler de fraternité, ça ne passe pas forcément par la politique. C’est dans la vie, dans ce que je fais, par mon métier, mais c’est tout. […]

    Faîtes un don ici à l’association Cékedubonheur (qui vise à améliorer la qualité de vie des enfants et adolescents hospitalisés) en achetant votre place pour l’avant première du film « Chocolat » qui aura lieu le 1er février prochain.

    Arts Omar Sy Passion Conversation

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