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    Clique x Médine

    Mouloud Achour reçoit Médine. Depuis plus de dix ans, le rappeur originaire du Havre a plusieurs albums à son actif, de 11 septembre, Récit du Onzième Jour à Protest Song, en passant par des projets intermédiaires comme Table d’Écoute ou la Don’t Panik Tape. Avec son nouvel album, Prose Élite, il a décidé de revenir à ses fondamentaux : de la réflexion, de l’introspection, de la performance. Ce cinquième album solo sort le 24 février, le jour de son 34ème anniversaire. L’occasion de parler d’écriture, d’engagement, de boxe, de barbe, de polémiques, de violences policières et de paternité.

    En bonus, Jalal Kahlioui, journaliste chez Clique, s’est rendu au Havre à la rencontre de la jeune Amina Zidani, double championne de France et membre du club de boxe Don’t Panik Team fondé par Médine, son père et son frère.

    Comment ça va Médine ?
    Cool !

    “Médine”, c’est ton vrai prénom ?
    Yes !

    À quel moment tes parents t’ont appelé Médine ?
    C’est une espèce de malentendu, en vrai. Ma mère voulait m’appeler Medhi, mon père voulait m’appeler Edinne en hommage à son gars sûr… Au final ça a donné Médine. Et puis l’Histoire m’a trouvé une raison.

    Médine, la seconde ville sainte de l’Islam, compte aujourd’hui près d’un million d’habitants. Appelée Al Medina al Mounawara, “La Cité illuminée”, c’est une étape importante pour tous les musulmans qui effectuent leur pèlerinage à la Mecque.
    C’est sur ma carte d’identité, je te la montre si tu veux !

    Est-ce que tu penses que ton nom, “Médine”, avec ta tête, ta barbe, et le style de musique que tu fais, puisse faire peur à des gens ?
    Oui, parce que j’ai forcément joué sur des représentations, joué avec des iconographies volontairement, mais tout ça dans le but de tendre un piège. Ceux qui s’arrêtent à une iconographie, à une représentation, à une image, à un style de musique sur un album de rap… Sont ceux aussi certainement qui vont s’arrêter dans la vie, dans la rue… À une origine, à une confession, etc. Donc il y avait quelque chose de l’ordre du piège positif. Donc je comprends, et j’ai calculé les risques sur le fait que certaines personnes pouvaient être rebutées par ma musique.

    À qui est-ce que tu fais peur aujourd’hui ?
    Je fais peur aux fainéants. À ceux qui ne veulent pas justement aller plus loin que la première image qu’ils ont, d’une représentation… Et malheureusement il y a beaucoup de fainéants dans notre pays aujourd’hui.

    Elle correspond à quoi ta barbe aujourd’hui ? Parce qu’on l’a connue plus velue, là elle est plus hipster…
    J’ai toujours défendu la pilosité comme une coupe afro… Celle qu’il y avait sur mon menton, c’est la même pilosité qu’il y a sur la tête d’Angela Davis à un moment donné. Je le revendique comme tel, je l’assume aujourd’hui comme tel, et puis si je peux me faufiler aussi de temps en temps pour avoir un peu de repos, et que ça ressemble à une barbe de hipster comme tu le dis, ben ça me va !

    Comment aujourd’hui on différencie les barbus ?
    Je sais pas, toi ta barbe c’est une barbe de quoi à ton avis ?

    Une barbe de fatigué…
    Une barbe de mec qui n’a pas envie de se raser ?

    C’est tout.
    Tout simplement.

    Comment tu expliques que dans une société qui a connu les attentats, qui est sous état d’urgence, les rappeurs se mobilisent très peu ?
    Moi je m’engage de façon locale, je sais que le local a un impact concret parce qu’on a de vraies relations avec des gens qu’on voit ; sur le plan national c’est beaucoup plus abstrait.

    C’est quoi ton engagement local ?
    Au niveau associatif surtout. Au niveau sportif avec mon père et mon frère on a monté un club de boxe, le but c’est de former des champions et des championnes, d’ailleurs on a une double championne là qui vient de remporter son deuxième titre, et le but c’est d’exceller par le sport.

    Aujourd’hui pour moi ceux qui écrivent le mieux dans ceux qui cartonnent c’est PNL, est-ce que c’est un groupe qui te parle ?
    Comme je te disais, moi je suis très progressiste dans ma façon d’aborder la musique, et il y a beaucoup de poésie dans PNL. Moi je ne vois pas les choses de façon verticale, je les vois de façon horizontale. PNL, Brassens, Victor Hugo, je les vois de façon très horizontale, et je prends autant plaisir, vraiment, à lire la prose ou à entendre la prose d’un Ademo, que d’un Victor Hugo, qu’un Verlaine etc… C’est vraiment les mêmes sensations qui me sont procurées.

    Il était à un moment question d’un album en commun avec Youssoupha et Kery James. Vous vous êtes rejoints autour de l’affaire Traoré.
    Comme disait Fianso dans l’une de vos interviews, ce n’est même pas un truc de « ouf » où les rappeurs se sont fédérés comme certains gros titres ont pu l’écrire. Non, c’est le minimum pour moi d’être là.

    Qu’est-ce qu’elle raconte pour toi l’affaire Traoré ? Elle est symptomatique de quoi ?
    Des dysfonctionnements de notre société depuis une vingtaine d’années. C’est systématique, les violences policières.

    Comment est-ce que tu vois ce qu’il se passe autour de l’affaire Théo ?
    Là c’est assez positif la façon dont les gens se fédèrent. Après bien-sûr on pourrait analyser du point de vue médiatique les récupérations éventuelles, le côté très “bobosphère qui s’implique”, qui fait sa petite B-A de l’année. On pourrait avoir cette analyse-là, mais j’ai vraiment pas envie de l’avoir. J’ai juste envie de me dire qu’il y a des gens qui ont été touchés par ça, qui se sont mobilisés, qui ont été sensibles et qui ont utilisé de leur notoriété pour envoyer le truc plus loin.

    Le premier titre de l’album est en hommage à ton fils, à ton dernier fils.
    Il s’appelle Genghis. Le morceau s’appelle “Le Khan”.

    Comment s’appellent tes autres enfants ?
    J’ai un grand fils qui s’appelle Massoud, et une petite qui s’appelle Mekka ?

    Mekka, Massoud et Genghis.
    Ça te plait ?

    Ouais, c’est pas mal.
    Je me casse la tête sur les blazes, donc tu as intérêt à dire que c’est pas mal ! (rires)

    Ce sont tes enfants, je respecte, frère ! (rires) Pourquoi ? Tu as as l’habitude de te faire vanner pour être autant sur la défensive ?
    Non non non. C’est mieux que d’appeler un chien Couscous. (rires)

    Ça reste subjectif…
    La femme tient une grande place sur ton album, déjà avec le morceau “Nour”.
    J’essaie juste d’avoir une attitude et une posture qui est dans le respect, et surtout dans l’émancipation de la femme. Sans aucune prétention, je n’ai pas de projet pour la femme. Je n’ai pas de projet pour ma fille, je n’ai pas de projet pour mon épouse. J’espère seulement qu’elles vont s’émanciper en tant que telle.

    Parce que quand on écoute l’album, il y a un discours féministe : c’est surprenant.
    J’ai toujours eu ce discours-là. Au quotidien, la plupart du temps je le passe avec des femmes. Et donc je me dis : “Pourquoi ne pas en parler en fait ? Parce qu’il y aurait des a priori, ou alors il y aurait quelque chose de tabou ?” Justement quand c’est tabou c’est là que ça m’intéresse.

    Est-ce que tu es un musulman discret ?
    Je suis un musulman distrait, je pense.

    C’est quoi ?
    Je suis quelqu’un, en tout cas sur le plan religieux, d’assez réservé en réalité. Contrairement à ce que l’on pourrait croire, je n’essaye d’emmerder personne avec ce que je m’impose à moi-même. J’essaie de ne pas être exigeant avec mon entourage : si j’ai un mode de vie, ce mode de vie est pour moi.

    Musique Clique x Medine

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