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    EXCLU : « DREAMERS », un sublime clip vertical à voir sur smartphone

    Ex-membre du groupe pop Concorde, le musicien Clément Froissart officie désormais en solo. Pour la vidéo de son single « DREAMERS », il a confié la réalisation à Guillaume Cagniard (directeur artistique de l’artiste JR) et à Virgile Texier, qui signent l’un des clips les plus audacieux de cette fin d’année.

    Leur concept ? Une vidéo-texto en format vertical, à voir sur smartphone, tournée comme un documentaire avec des comédiens amateurs âgés de 15 à 17 ans. Voici une conversation croisée pour mieux comprendre cet OVNI audiovisuel.

    « DREAMERS » de Clément Froissart, réalisé par Guillaume Cagniard et Virgile Texier.

    Clique : Comment vous est venue l’idée de faire ce clip ?
    Guillaume : Je connais très bien Clément Froissart. Il m’a fait écouter son album et m’a proposé de choisir le titre qui m’inspirait. C’était « DREAMERS » qui m’évoquait le plus de choses. J’ai donc proposé à Virgile de co-réaliser le clip avec moi ; on a réfléchi aux moment de la vie où l’on rêve le plus. On a hésité avec la fin de l’enfance, ce moment où l’on a un for intérieur très fort et personnel. Finalement, on a décidé de partir sur l’adolescence. On a choisi ce basculement vers l’âge adulte pour le contraste entre le côté rêveur, une image très douce et enfantine, et la dureté des relations amoureuses, le regard des autres.

    Photo : Guillaume Cagniard et Virgile Texier.

    À cette période, on rêve d’amour, on rêve de pleins de choses mais c’est une réalité qui peut parfois être très dure. Cette ambiguïté nous intéressait.

    Comment avez-vous eu l’idée du concept de format en vertical ?
    Guillaume : Au départ, on voulait faire une sorte de mockumentaire (une fiction à laquelle on donne les airs d’un vrai documentaire, NDLR). On avait prévu de faire des interviews des kids ; on a réfléchi à un moyen de faire des interviews les plus justes possibles, par rapport à leur manière de communiquer. Du coup, on a eu l’idée de les faire via des textos, et ils nous répondaient avec des vidéos verticales. On avait cette pré-idée d’incorporer les vidéos d’interviews dans le clip.

    On est restés en immersion avec eux pendant une semaine… Et c’est là qu’on s’est rendus compte qu’on avait une vision un peu tronquée de l’adolescence.

    Photo : Guillaume Cagniard et Virgile Texier.

    Les kids apprennent à être eux-mêmes à travers les réseaux et la manière dont les autres les voient. En faisant des selfies ou en s’envoyant des nudes, les filles prennent aussi conscience de leur corps, et ça construit leur personnalité. Nous, on a grandi sans toute cette représentation sur les réseaux… On voulait donc vraiment les comprendre. Le truc frappant, c’est cette main vissée en vertical sur leur téléphone, constamment. On s’est tout simplement dit que, pour être le plus juste possible, il fallait prendre le parti – et le risque – de cadrer en format vertical.

    Photo : Guillaume Cagniard et Virgile Texier.

    Virgile : L’iPhone nous a permis d’entrer très facilement dans leur intimité. C’était une façon de mieux connaître l’adolescence, en utilisant leur moyen de communication. C’est vraiment notre expérience d’interview qui a généré cette idée. Quand Guillaume dit que leur iPhone est dans leurs mains en permanence, c’est hallucinant !

    On a continué à parler avec eux après le tournage, et tous répondaient dans les dix secondes, peu importe l’heure de la journée.

    Ils sont vraiment scotchés sur leur téléphone, ça paraissait l’outil le plus évident pour les filmer. Il y a aussi une esthétique de la vidéo iPhone, une esthétique Snapchat/Instagram Stories qu’on voulait utiliser et qui nous paraissait pertinente à la fois sociologiquement et artistiquement. Ce qui nous a définitivement convaincus, c’est cet espèce de triangle un peu magique entre le sujet, le format et le concept.

    Photo : Guillaume Cagniard et Virgile Texier.

    Cela nous fait aussi dire que la règle du format horizontal qu’on connaît depuis toujours n’est plus aussi valide…

    Xavier Dolan, avant tout le monde, a exploré le format carré. J’ai donc l’impression que nos yeux s’habituent très vite à de nouveaux formats. Et le fait qu’on ait tous un smartphone dans la poche en permanence prouve que le format est déjà adapté, avant même que les projets sortent. Selon moi, notre oeil aime déjà ce format. Le format vertical est un plein format. Dans le format carré, tu as forcément des bandes noires sur le côté, tandis que le format vertical est un plein format quel que soit le support mobile sur lequel tu le regardes, téléphones ou tablettes.

    Comment avez-vous trouvé les acteurs ?
    Guillaume : On s’est posé la question de choisir entre comédiens pros ou amateurs. Puis on a fait la connaissance de Zia, la fille d’un pote de Clément. Elle a 15 ans et vit dans le sud-ouest. Elle avait une personnalité hyper forte. On a regardé son compte Instagram, on a longtemps discuté avec elle et elle nous a tout de suite tapé dans l’oeil pour ce qu’elle dégageait, pour son envie de nous partager sa vie et nous présenter ses potes. Elle a instantanément été très impliquée dans le projet en étant pro-active. Elle nous a implicitement proposé de faire la directrice de casting. C’était génial.

    On savait déjà qu’on voulait que ce soit elle le personnage principal.

    Après, on lui a demandé si on pouvait entrer un peu plus dans sa vie, et connaître ses proches. Elle nous a partagé tous les comptes Instagram de ses potes, on a fait un pré-casting puis on les a tous rencontrés. Ils ont 17 ans en moyenne. Enfin, on lui a partagé notre vision pour avoir son ressenti. Dans le clip, c’est sur cette mise en abime qu’on joue, avec notre vision romanesque face à leur réalité, plus dure que ce qu’on imaginait.

    Photo : Guillaume Cagniard et Virgile Texier.

    Dans quelle mesure cette immersion a-t-elle influencé le scénario ?
    Guillaume : C’est des acteurs non professionnels. Pour être touchants et justes, il fallait les écouter, comprendre qui ils sont, comment ils interagissent entre eux. S’inspirer de leur vie. On est partis sur des bases de réalité qu’on a remises en scène, pour qu’ils se sentent à l’aise devant la caméra.

    Parler de ce que eux vivent vraiment, comment ils vivent leur jeunesse dans le sud-ouest, leurs relations amoureuses ou amicales.

    Ces basiques de la vie qui les animent. Et c’est vrai qu’on avait une vision plus romantique. Ils sont assez consommateurs d’amour… Et de consommation en général, à vrai dire. Ils vivent un peu comme des adultes.

    Photo : Guillaume Cagniard et Virgile Texier.

    Virgile : C’est un peu étrange, je ne me suis jamais senti très très loin des ados. Je me suis toujours senti assez proche de l’adolescence. Je ne sais pas si notre présence modifiait leur comportement, mais j’ai senti qu’il y avait plus de violence qu’à mon époque. Pour te donner un détail précis, on leur a posé des questions sur l’amour et leur rapport au couple et ensuite leur rapport au corps.

    Photo : Guillaume Cagniard et Virgile Texier.

    Il y a une chose qui m’a marqué, c’est que le couple est une honte, le sentiment une faiblesse, et j’ai trouvé ça assez dur. Les garçons et les filles étaient assez séparés, j’avais pas souvenir d’une telle distance entre les deux sexes à mon époque.

    Ce rapport de force entre les filles et les garçons, qui selon moi n’existait pas avant, m’a frappé. Peut-être que c’est lié aux réseaux sociaux ? Par exemple, on demandait aux filles : « qu’est-ce que vous pensez des filles en maillot de bain sur les réseaux ? ». Pour elles, elles en font trop, c’est des putes, alors qu’elles n’ont aucun jugement de valeur sur le comportement des garçons.

    Ils sont gavés au rap français. C’est la seule musique qu’ils écoutent et j’imagine que ça a une grande influence dans leur manière de s’exprimer. Même leur système de valeurs.

    Photo : Guillaume Cagniard et Virgile Texier.

    Justement, certains disent que « le rap c’était mieux avant » : est-ce que l’adolescence c’était mieux avant ?
    Guillaume : Tout dépend de ton passé, de ce que t’as vécu personnellement et ta relation avec tes parents par exemple. Mais l’expérience sociale de ce petit groupe de kids est différente de notre adolescence en terme de consommation. Tout est plus précoce chez eux. Toutefois, en ce qui me concerne, je fumais des joints, ils en fument aussi, ils écoutent du rap, j’écoutais du rap. Il y a juste un peu plus de vocoder aujourd’hui, et des échanges beaucoup plus numériques et virtuels.

    Mais honnêtement je pense que c’est bien parce que ça te permet d’être tout le temps en relation avec des gens alors qu’avant, on se faisait chier !

    On avait tendance à se faire un monde imaginaire ou à s’inventer des trucs. Eux sont tout le temps en contact, à regarder des séries, se cultiver, à discuter avec leurs potes…

    Photo : Guillaume Cagniard et Virgile Texier.

    Elle est cool l’adolescence d’aujourd’hui. En tous cas, eux avaient l’air libres et de s’éclater.

    Virgile : Les jeunes ne m’ont pas du tout inquiété. Au fond, c’est les mêmes quêtes de soi qu’à notre époque. Au contraire, j’ai l’impression que ça va bien se passer. Par exemple, on leur a demandé comment le porno avait influencé leur sexualité, et tous font très bien la différence entre ça et le quotidien. Je n’ai pas vu de syndrome inquiétant d’une adolescence qui se délite.

    Qu’avez-vous pensé du clip « Wolves » de Selena Gomez ?

    Virgile : Pour moi, ça valide clairement l’utilisation de ce format pour quelque chose de grand public. Concernant le plagiat, je sais que le réalisateur du clip nous suit sur Vimeo, donc c’est fort probable qu’il se soit inspiré de notre vidéo. Mais j’aurais préféré que Selena Gomez nous embauche plutôt… (rires).

    C’est quoi la suite ? Pensez-vous qu’il soit intéressant d’adapter le clip en série ?
    Guillaume : On est en train d’y réfléchir. Les jeunes ne regardent plus la télé, ne vont plus au cinéma. Pour toucher la jeunesse, l’utilisation de fictions plus ou moins longues sur mobile semble être une évidence. Avec ce format, aujourd’hui, on raconte la vraie vie, ce qui se passe vraiment. C’est les stories Instagram. Eux, il captent tout en vertical, leurs photos, leurs vidéos, leur Facetime. C’est inné chez eux. La verticalité du format vidéo permet d’être dans cette vérité-là.

    Après pour moi, le cinéma ne sera jamais mort, car c’est quand même un moyen de vivre une expérience isolée, avec une condition de projection qui est unique.

    À chaque fois que je montrais le clip à des gens de ma génération, la première chose qu’il faisaient c’était de retourner le téléphone pour le regarder en horizontal. Ou alors ils pensaient qu’il y avait un bug. C’était plus fort que tout, pour eux.

    Photo : Guillaume Cagniard et Virgile Texier.

    Image à la une : capture d’écran du clip « DREAMERS » réalisé par Guillaume Cagniard et Virgile Texier.
    Photographies argentiques : prises de vues par Guillaume Cagniard et Virgile Texier

    Musique Clément Froissard Dreamers

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