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    CLIQUE TALK : du 78 à Los Angeles, l’histoire folle de Joël Bouraïma, le coach sportif de Kanye, Omar Sy et les Kardashian

    Il s'appelle Joël Bouraïma, mais les plus grands artistes l'appellent "Coach Joe". À 37 ans, cet originaire de Saint-Cyr-l'École (78) est l'un des coachs privés les plus en vue de la planète. Parmi ses clients : Omar Sy, Kanye West, la famille Kardashian ainsi que des grands noms du cinéma français. Avant d'en arriver là, "Joe" s'est frotté à l'ambiance moite des salles de sport d'Île-de-France, au championnat de football australien et aux galères de l'orientation post-bac. Pour Clique, Coach Joe raconte son parcours, teinté d'humilité et de rigueur.

    Clique : Bonjour Joe. Comment on devient coach sportif ?
    Joël Bouraïma : J’étais déjà pas mal sportif dans ma jeunesse, très sportif même. Mon rêve, c’était de devenir prof de sport. Sauf qu’au collège, j’étais dans le 78, c’était un peu chaud. La situation classique : tu n’es pas spécialement bête, mais tu ne fais pas forcément les efforts qu’il faut pour y arriver… C’était mon cas, et en sortie de 3ème, ils m’ont envoyé en BEP/CAP Vente-Action marchande. J’y suis allé en croyant que c’était bien pour moi parce qu’ils me le disaient…

    Quand est-ce que tu as su que le commerce n’était pas fait pour toi ?
    Quand j’ai décroché mon BEP. J’ai eu mon diplôme avec 15 ou 16 de moyenne, alors que je n’avais pas franchement travaillé, j’étais détente. Et je me suis dit « tu vois, y’a un problème ». Pas en mode « je suis un génie », mais je voyais certains mecs qui luttaient pour le diplôme, et moi à côté j’étais tranquille. Je savais que ce n’était pas ce que je voulais faire. Donc je me suis replongé un peu dans les recherches pour savoir si c’était possible, à partir d’un BEP, d’aller à la fac. Parce que pour moi, quand t’es en CAP/ BEP, la fac je n’y pensais même pas. Je me demandais sincèrement si c’était encore possible d’être prof de sport en partant de là ou j’étais…

    Et donc ?
    On m’a dit « oui mais il faut faire ça, ça va être dur, je sais pas si tu vas pouvoir y arriver… », donc pour le discours des conseillers d’orientation et des profs en général, c’était « tu sais quoi, te casse pas la tête, continue à faire tes trucs… ».

    Malgré tout, tu as continué à tenter de rattraper « le temps perdu »…
    J’ai tenté malgré tout. J’ai eu mon bac entre temps, et après j’ai encore eu des bâtons dans les roues. Finalement après des galères administratives, j’ai réussi à m’inscrire à la faculté d’Orsay, une des plus réputées pour passer le Capeps (Certificat d’aptitude au professorat d’éducation physique et sportive).

    Joel Bouraïma se livre pour CliqueJoel Bouraïma dans les vestiaires de la salle de sport l’Usine, à Paris. 

    Et tu te retrouves enfin dans une formation que tu aimes ?
    Oui, j’étais comme un dingue ! Comprendre comment mon muscle se contracte, pourquoi tu sues… J’étais à fond, comme un fou, et j’ai eu mon DEUG du premier coup. Pendant mon DEUG, j’ai d’ailleurs fait un stage en tant que professeur de sport, et je me suis retrouvé dans le collège où j’ai grandi dans le 78. Mais je me suis très vite ennuyé en fin de compte…

    Le directeur du collège qui m’avait envoyé en CAP m’a avoué « franchement Mr Bouraïma, après la 3ème on pensait que pour vous c’était fini. Ça fait plaisir de vous voir passer de l’autre côté de la barrière ».

    Tu ne te voyais plus devenir professeur de sport ?
    Je me voyais pas vieillir avec mon sifflet, mes ballons devant des petits qui n’en n’avaient plus rien à faire du sport. L’heure d’EPS était devenue la récré pour eux. C’est à ce moment- là que j’ai découvert les possibilités offertes par le métier de coach sportif. J’ai donc fait une formation.

    J’ai vu que tu étais parti travailler en Australie. Comment ça s’est fait ?
    En devenant coach, je travaillais de plus en plus avec des entreprises américaines qui faisaient beaucoup de team-building (méthodes pour renforcer la cohésion des équipes et donc la productivité, NDLR) autour du sport. Je n’avais pas un anglais fou-fou, mais les salles avec qui je travaillais m’envoyaient quand même. Mais je voulais m’améliorer. J’ai donc pris 1500 euros et je me suis envolé vers l’Australie en 2006 pour un an…

    Pourquoi partir aussi loin ?
    Au-delà de vouloir parler anglais, je voulais aussi un challenge. Partir du quartier, voir autre chose… Ça a été une année de dingue. C’est là où je me suis vraiment ouvert, même humainement.

    J’ai beaucoup appris sur moi. Au quartier, à Paris, je voyais toujours les mêmes têtes. En Australie, dans la ville de Leeton, j’étais tout seul donc je n’avais pas le choix, il fallait que je m’ouvre, parler à tout le monde…


    Les Australiens appelaient Coach Joe « Joel le Français ». 

    Tu faisais quoi là-bas ?
    En Australie je faisais des yaourts et du fromage, j’ai cueilli des fruits et légumes dans la campagne… J’ai vraiment tout fait, mais c’était mon choix. Je voulais vraiment être en rupture avec ce que je faisais ici. Un jour, un des propriétaires de la ferme où je travaillais m’a dit : « on t’a déjà dit que tu ressemblais à Thierry Henry ? Tu jouerais pas au foot, par hasard ?». En France, je jouais en Division d’Honneur, donc j’avais un niveau plutôt cool. J’ai finalement fait un essai avec le club semi-professionnel de la ville.

    Petit à petit je suis devenu la coqueluche de Leeton, on m’appelait « Joël le Français » dans le journal local !

    Finalement, tu es rentré à Paris ?
    Oui. De retour à Paris, j’ai commencé à faire mon nom, en travaillant en club de sport, mais aussi avec des particuliers. Et ça a pris de plus en plus d’ampleur. C’est à ce moment-là que j’ai rencontré Omar (Sy).

    Avec Omar, on se connaissait d’avant. Il n’habitait pas très loin, on est tous les deux du 78, on fréquentait les mêmes personnes, on était dans les mêmes soirées avant le succès du Service-Après-Vente

    Un ami commun – qui ne savait pas que je le connaissais – me dit qu’il y a un mec qui est train de monter, qu’il va faire son premier grand rôle et qu’il voudrait faire un travail sur lui pour être plus crédible. Il ne me dit pas que c’est Omar Sy, jusqu’au jour où il m’appelle lui-même au téléphone trois semaines plus tard.

    Omar Sy et Coach Joe (DR).

    Comment s’est déroulée la première rencontre avec Omar Sy ?
    On avait rendez-vous chez lui. Il ouvre la porte et me dit « mais, mais, on se connaît, non !? » et à partir de là, la rencontre s’est super bien passée. Il m’a expliqué qu’il avait un gros problème de dos, et qu’il se le coinçait régulièrement. Sauf que ce pour ce film-là (Intouchables, sorti en 2011), il devait porter Francois Cluzet, près de 70 kilos en poids mort, donc il fallait être solide. Il me disait « sur ce film-là je veux tout mettre de mon côté. C’est mon premier grand rôle, je veux tout mettre en place pour faire quelque chose de bien ».

    Omar m’avait recruté en coach pour sa préparation physique, mais il avait aussi travaillé avec une coach pour l’acting. Il voulait se concentrer sur son jeu d’acteur, sans avoir à penser à son physique sur le tournage d’Intouchables

    Omar Sy et François Cluzet dans Intouchables (2011).

    Est-ce que tu penses qu’il avait conscience du potentiel d’Intouchables ?
    Quand il a vu pour la première fois le film, il m’a dit « Joe, je suis pas sûr, parce que je ne connais pas encore bien ce milieu, mais je crois que ça va faire un truc ». Il n’imaginait peut-être pas le succès qu’on connaît, mais il était satisfait. Et surtout, il m’a fait bien comprendre que notre travail a eu son importance dans le résultat final. J’étais fier, content, déjà pour lui en me disant « wow, le mec que j’ai préparé a eu un César et j’ai travaillé avec lui »?

    Joe avec Omar Sy et son César du meilleur acteur reçu en 2012. 

    Que t’a apporté le succès d’Omar Sy ?
    Forcément, mon nom a commencé à tourner dans le milieu du cinéma. Après Intouchables, Omar m’a rappelé pour tourner un film avec Gad Elmaleh (Les Seigneurs, 2012). C’était un film sur le foot où les mecs voulaient qu’Omar soit en forme, parce qu’il jouait le rôle d’un footballeur. Donc on a fait un travail différent : on faisait du terrain, une préparation physique comme pour un footeux. On touchait un peu le ballon aussi, parce qu’Omar c’est pas trop un footballeur, c’est plus un basketteur. Il m’avait dit « Joe, faut que, lorsque j’ai la balle au pied ou que je fais une tête, je sois crédible». Après ce film, j’ai commencé à travailler avec Gad Elmaleh après qu’Omar lui ait parlé de moi. On a préparé son film avec Sophie Marceau (Un bonheur n’arrive jamais seul, sorti en 2012).

    Omar Sy, Gad Elmaleh… Et finalement Kanye West. Comment est-ce que tu es devenu son coach ?
    Je travaillais pas mal dans une salle de sport à Paris, L’Usine, et j’ai parmi mes clients un homme qui s’appelle Steve Guttman (prestigieux collectionneur américain d’art contemporain, NDLR) avec qui le contact passe très bien. Un jour, on déjeune ensemble et il me sort une photo de lui avec Kanye West, comme ça.

    Et là, Steve Guttman me dit : « je voulais t’en parler. Kanye West arrive à Paris la semaine prochaine pour quatre mois. Est-ce que tu te sens capable de gérer un mec comme ça ? »

    #TBT thanks to both of these guys!! @kgutts129 #steveguttman #kanyewest #itwasalladream #thankful #thankyou #realshit #realdeal #motivation #paris #NYC #LA

    Une publication partagée par COACHJOE® PERSONAL TRAINER (@coachjoe.paris) le

    Steve Guttman et Kanye West ensemble. 

    C’était pour enregistrer son album Yeezus ?
    Exactement ! C’était toute la période de Yeezus. Il a tout enregistré à Paris. Le 4 janvier 2013, mon téléphone sonne en affichant un numéro américain. C’était l’assistante de Kanye West qui m’appelait pour me prévenir que j’avais une séance avec lui, le lendemain à 7 heures du matin. Elle m’avait prévenu de lui préparer une serviette et une bouteille d’eau. Le lendemain, 7 heures du matin, je suis à la salle de sport, et là je vois le Porsche Panamera qui arrive. J’attends devant… Je ne voulais pas y croire tant que je ne l’avais pas vu. Deux mois avant j’étais a Bercy en train de regarder le concert Watch the Throne avec lui et Jay-Z sur scène… 

    Et là, la porte s’ouvre et je le vois : Kanye West, son grillz en or sur les dents et il me dit : « Joe ? Bonjour, allez c’est parti ».

    Kanye West

    La première vision qu’a eu Coach Joe de Kanye West avant sa première séance avec lui (© 21).

    Quel était le rythme de vos séances ?
    En fait, il faisait du sport dès qu’il le pouvait. Il enchaînait la salle avec le studio.

    Des fois il sortait du studio, il venait avec les enregistrements qu’il venait de réaliser et il me disait « on peut aller dans la salle de cours collectif ? ». Il branchait son appareil et se justifiait : « je veux entendre comment ça sonne ».

    Donc je me suis retrouvé à écouter son album comme ça ! Le contact est très bien passé entre nous, et je me suis retrouvé à le suivre en tournée…

    Comment est Kanye West dans la vraie vie ?
    Tu vois qu’il est dans une bulle, quand même. Il est vraiment dans son truc. Mais je pense que les mecs qui ont un petit truc en plus, ce génie-là, ils sont un peu à part. Tu sens aussi qu’il est vrai et qu’il ne triche pas avec les gens. C’était très intéressant pour moi, d’un point de vue psychologique.

    Dans l’une de ses chansons, Kanye West parle de ses séances de muscu, où il assume le fait de pas trop travailler les jambes pour se concentrer sur le haut du corps(« hit the gymall chest no legs » – « 30 hours » extrait de The Life of Pablo)…
    C’est vrai qu’on ne faisait pas de grosses séances pour ce qui était des jambes. Mais il joue pas mal au basket, donc on va dire qu’il travaillait les jambes avec ça…

    Kanye West m’a fait trouver des gymnases à 22 heures à Paris, pour faire un basket avec ses potes. Un soir, il était venu avec Common et Lenny Kravitz…

    Après cet épisode parisien, comment tu restes en contact avec lui ?
    Après l’accouchement de Kim, son entourage m’appelle pour savoir je pouvais m’occuper de sa remise en forme. Et là, je pars à Los Angeles.

    Comment ça se passe de travailler avec la plus grosse star du monde ?
    Je venais de travailler avec Kanye pendant quatre mois, donc je commençais à avoir l’habitude. C’est toujours bizarre au début mais après au final tu t’y fais.

    Coach Joe met les gants avec Kim Kardashian.

    Sa première grossesse avait été très médiatisée…
    Surtout qu’elle s’était enfermée pendant sa première grossesse. Elle avait été critiquée dans tous les sens, parce que les gens ont scruté sa prise de poids. Elle se faisait chambrer, donc elle m’avait dit : « je ne sors pas tant que je n’ai pas le corps que je veux ». On a commencé à travailler à peine un mois après son accouchement. J’ai surtout insisté sur le fait de ne pas se précipiter, surtout après un premier enfant.

    Est-ce que tu sentais une pression particulière ?
    Non. Personnellement, j’essayais au maximum de l’approcher comme une cliente « normale ». Mais elle m’a dit que son objectif était fixé sur le défilé Givenchy du 29 septembre 2013 à Paris.

    Kim Kardashian au défilé Givenchy du 29 septembre 2013 (© Abaca).

    C’était un gros challenge ?
    Ah oui, parce que je n’avais pas fait de perte de poids aussi importante sur une durée aussi courte ! Surtout, tu sens l’attente qu’une femme comme Kim Kardashian peut avoir autour de son corps, pour qu’il revienne dans la forme qu’elle veut, au moment où elle le veut. 

    Et donc, petit à petit, tu deviens le coach de la famille ?
    Oui. Ce qu’il s’est passé, c’est que je les ai mis en confiance. J’avais fait la préparation physique de Kanye, la perte de poids de Kim. Je me retrouvais avec Kanye à faire des allers-retours en Italie entre Milan et la campagne italienne pour chercher des tissus, et parfois je dois avouer que je me demandais pourquoi il m’avait appelé pour l’accompagner. C’était fou.

    Aujourd’hui, tu habites aux États-Unis. Pourquoi tu as choisi de vivre là-bas ?
    Personnellement, ça devenait de plus en plus compliqué de vivre loin de ma famille. J’avais loupé l’anniversaire de mon deuxième enfant pendant cette période. Il y a beaucoup de choses que j’ai manquées. Ma femme faisait beaucoup de concessions…

    J’ai dit à Kanye : « je veux bien être disponible. Je vais continuer à l’être, mais si tu peux faire un truc pour moi : il faudrait que tu m’aides pour mon visa pour vivre aux États-Unis ». Il m’a simplement répondu « où est-ce qu’il faut que je signe ? ». 

    Un jour après avoir donné les papiers à son assistante, tout était signé. Aujourd’hui, j’habite aux États-Unis depuis 2015… En ce moment, je travaille énormément avec Kourtney Kardashian. Depuis quelques mois, je me retrouve même dans la saison 13 de l’émission des Kardashian : je suis déjà apparu dans deux épisodes, et on en a encore enregistré pas mal. C’est fou…

    Vous pouvez suivre Coach Joe sur Instagram.

    Photographie à la Une © Jalal Kahlioui. 

    Sport Coach Joe Kanye West

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